Sur la baraque de Monsieur Pierre, on y verra cette pancarte
Ou sont inscrits en belles lettres, ces quelques mots pour le badaud
"Ici, seulement pour quelques francs, toutes les colères de la nature.
Ici, seulement, exclusivement, nos deux derniéres aquisitions,
La Femme de Cuivre et le Bonhomme Tempete.
Spectacle tous les jours a 17 Heures."
A deux pas, derriere le stand; deux loupiotes dans deux caravanes.
La Femme de Cuivre se prepare. Elle fait briller sa tuyauterie.
Elle aimerait que son sourire retrouve aussi tout son eclat.
L'eclat d'une jeune trompinette, il y a longtemps dans les Balkans.
Exactement au meme instant, Bonhomme Tempete se brosse les dents.
Il aimerait que son haleine, retrouve sa fraicheur d'antan,
Quand il etait gardien du vent, dans une plaine des Balkans.
A 17 Heures, le rideau s'ouvre devant des familles hilares,
Venues nombreuses, pour oublier d'une semaine, les deboires.
A grands coups de pomme d'amour,
A la foire.
Bonhomme Tempete entre le premier,
Sous un tonnerre d'applaudissements.
Il bombe le torse, comme Artaban, et insuffle une legere brise
Qui rappellerait vaguement, la fin avril du printemps.
La Femme de Cuivre fait son entree,
Dans une robe en rideau de scene,
hum! ca dessine bien ses coulisses.
Elle se place a contre-vent,
Et illico s'met a vibrer.
Musique de l'est sur vent de l'ouest.
Yeux dans les yeux, les monstres sourient,
On ne regrettera pas l'argent.
Et Monsieur Pierre, maquereau des choses,
s'en frotte les mains, si j'ose.
Un long chorus orgasmique nous indique l'apotheose.
Clapets, pistons, toutes voiles dehors,
Le numero qui vaut de l'or.
Il est trop tard, le temps se calme.
Les monstres sont dans la caravane
Il reste juste un peu dans l'air,
Une ou deux notes eparpillees.
Mais, des demain, a 17 heures,
Le bonheur va recommencer.
A deux pas, derriere le stand,
Deux loupiotes dans deux caravanes.
La Femme de Cuivre pleure sur ses hanches,
Son esclavage, son manque de chance.
La porte de sa caravane
S'ouvre a cause qu'on avait dû la fermer mal.
Bonhomme Tempete s'avance, l'enlace,
Puis l'air de rien, soudain l'embrasse.
Une brise legere seche ses larmes,
Elle gemit, et puis rend les armes.
Bonhomme la couche dans le velours,
Se leve une Tempete d'amour.
Sur la baraque de Monsieur Pierre,
On y verra cette pancarte,
Ou sont inscrites, en lettres noires,
Ces quelques mots pour le badaud:
"Ici, seulement pour quelques francs,
La derniere colere d'la Nature.
Ici, seulement, exclusivement,
Notre derniere acquisition,
C'est la Fusion des Elements"
Corps enlaces, scene d'amour
Offerte aux familles hilares.
Le mariage du cuivre et du vent,
Quand vient le soir,
Dans les Balkans.
Babylon Circus